La répartition du pouvoir est la problématique fondamentale de l’humanité.

Dans la continuité de la recherche de l’origine des inégalités.

En ce moment on travaille à une petite synthèse sur la notion d’OpenSource au Dôme. Pour diffuser auprès du réseau d’établissements scolaires qui utilisent un Farmbot.
Je ne peux m’empêcher de chercher à élargir la question à la culture libre et au bien commun. Mais aussi d’essayer de rester le plus synthétique possible en ciblant très précisément les effets souhaités et surtout les causes visées.

Cela combiné à quelques récentes lectures me fait formuler le paragraphe suivant :

La cause des problèmes pour 99% de l’humanité vient d’une répartition inégale du pouvoir : 1% possédant réellement tout. On pourra ainsi ranger la plupart des choix de société selon qu’ils favorisent plus ou moins la concentration ou au contraire la distribution du pouvoir. La concentration de pouvoir étant maléfique pour l’ensemble de l’humanité, alors que la mise en commun nous permet d’avoir plus et mieux ensemble (l’information étant un bien non-rival par exemple, et pour le reste une gestion commune des ressources).

Lectures en question
https://twitter.com/GeorgeMonbiot/status/1361414364150988801
https://onezero.medium.com/how-to-destroy-surveillance-capitalism-8135e6744d59
https://pluralistic.net/2021/02/20/escape-velocity/#trustbusting-time
https://adrianbowyer.blogspot.com/2011/07/fourlevels.html
https://adrianbowyer.blogspot.com/2021/02/workmakespoverty.html

Facebook ça concentre, Mastodon ça distribue.
Amazon Web Service ça concentre, Le réseau Golem ça distribue.
Vive les fédérations de nœuds décentralisés 🙂

Techno-critique

L’autre jour j’apprenais le décès de Bernard Stiegler… dans ce dernier entretien j’apprécie son déroulé de la notion de solidarité en résonance avec l’actualité : la solidarité se réalise avec une base de croyances communes, d’abord dans la religion, dans la citée (à plusieurs on a de meilleures chances de survies), puis dans la technique et la foi dans le Progrès (sauf qu’on en oublie nos voisins du coup).

Au détour de la newsletter de Ping et du cycle des « controverses scientifiques et techniques » je découvre le livre Technocritique. Je trouve l’ouvrage très intéressant pour situer les différentes articulations de l’évolution de l’histoire des techniques, et le progressif basculement d’une méfiance vers une révérence absolue (ce qui fait le parallèle avec la remarque de Stiegler). Je pensais avoir des bases de l’histoire des techniques, mais cet ouvrage en fait un tour complet et équilibré par la dimension critique et les points de vues habituellement absents ! Après les 40 pages de l’extrait j’envisage de le prendre (en fait on me la offert à Noël).

Par rapport à ce que l’on fais dans nos ateliers de fabrication numérique, notre position est à mi-chemin. D’un coté on loue l’accroissement de puissance individuelle apportée, mais en même temps on cultive aussi une posture du raisonnable, du « juste ce qu’il faut » et du savoir-faire développé par la personne. Tous les usagers ne pousseront pas l’analyse de leur pratique jusqu’à ce niveau de manière consciente, mais j’espère que cela fais partie des apprentissages informels de ces lieux, en tout cas certains y seront sensibles je crois.

De l’origine des inégalités

(Avec un morceau du groupe « Les sales majestés » en bande-son ? ^^)

Il y a quelques années de ça j’avais trouvé éclairant le propos de Franck Lepage : dans une conférence gesticulée il analysait le choix des mots suggérés par certains groupes de réflexion pour faire passer un concept en douceur ou en tout cas en orienter sa perception. Dans les exemples qui me reviennent il y a « vidéo-protection » plutôt que « vidéo-surveillance » (on est difficilement contre la protection quand la surveillance ça se discute), « défavorisé » plutôt que « exploité » (le premier n’a pas de chance quand le second induit un exploiteur), ou encore une des missions de l’Organisation des Nations Unis « réduction de la pauvreté » au lieu de « réduction des inégalités »… dans un cas on élève le niveau minimum alors que dans le second on réduit l’écart entre le haut et le bas, ce qui n’implique pas du tout les mêmes mesures.

Mais d’où viennent les inégalités ? Sur quels principes peut-on remonter à l’origine ?
Dans « La survie de l’espèce » de Paul Jaurion et Gregory Makles, que j’avais pu lire peu après, la forme de la bande dessinée permet d’aborder le sujet de manière humoristique tout en restant sérieux : l’inégalité apparaît à partir du moment où une brute contraint un autre à sa volonté, s’appropriant son travail. Mais le vrai problème est qu’avec le temps le surplus du travail des autres s’accumule par héritage, accroissant de manière exponentielle l’inégalité (augmentation de la population et concentration des richesses).

Je repensais à tout ça car l’émission « Sur les épaules de Darwin » de ces dernières semaines approfondit justement peu à peu l’origine des inégalités dans les différentes sociétés, et c’est fascinant (comme souvent).

https://www.franceinter.fr/emissions/sur-les-epaules-de-darwin/sur-les-epaules-de-darwin-20-janvier-2018

https://www.franceinter.fr/emissions/sur-les-epaules-de-darwin/sur-les-epaules-de-darwin-27-janvier-2018

https://www.franceinter.fr/emissions/sur-les-epaules-de-darwin/sur-les-epaules-de-darwin-03-fevrier-2018

https://www.franceinter.fr/emissions/sur-les-epaules-de-darwin/sur-les-epaules-de-darwin-10-fevrier-2018

En bref, quand la société se sédentarise la possession de troupeaux et de terrains se transmettant de générations en générations introduit un mécanisme d’accumulation créant de l’inégalité, seule l’introduction de mécanismes de redistribution permet de la compenser. Ce qui est intéressant c’est qu’en moyenne dans les différentes civilisations l’inégalité semble atteindre un pic 3000 ans après la domestication des cultures puis se réduit un peu. Des études sont citées dans lesquelles différentes sociétés (dans le temps et l’espace) sont comparées sur la base de la taille des restes d’habitations retrouvées, qui devient ainsi un indice d’inégalité.
On peut espérer suivre le même chemin que d’autres société, et que l’indice s’améliore, ou en tout cas œuvrer avec raison pour réduire la grande disparité de notre époque.


Tout ça méritait une petite compilation 🙂